ÉPAULE NOIRE
ÉPAULE NOIRE

ÉPAULE NOIRE

L’INTERVIEW D’ÉPAULE NOIRE

RÉALISÉE PAR AGATHE GALLO DE L’ASSOCIATION QUARTIER LIBRE

« JE FAIS CE TRAVAIL POUR IMPRÉGNER MON ENVIRONNEMENT DE CHOSES QUI ME RESSEMBLENT, PARCE QUE J’EN AVAIS BESOIN, ET JE PENSE QUE DES PERSONNES COMME MOI EN ONT AUSSI BESOIN »
image présentation épaule noire

Épaule Noire, tu es illustratrice et ton travail porte sur l’afroféminisme. Tes dessins racontent l’histoire de Sophie face aux traumatismes raciaux. Peux-tu nous parler de ton parcours et de tes débuts en tant qu’autodidacte dans le dessin ?

« Effectivement, je fais du dessin depuis que je suis petite donc je n’ai jamais pris de cours académiques. Au début c’était vraiment un hobby. Aujourd’hui, j’ai décidé d’en faire quelque chose de plus créatif, de plus artistique et de plus engagé. Mon travail se concentre sur un discours afroféministe : antiraciste et féministe, parce que, par essence je suis une femme noire et tout ce que je transmets dans mon dessin c’est le récit qui est imprégné de ma vie.»

Tu dessines en noir et rouge : « noir pour la couleur de ta peau, rouge pour la couleur de ton sang ». Pourquoi le choix de ces couleurs ? Est-ce un moyen de t’affranchir des codes traditionnels de la BD ?

« J’avais envie de dénoter parce que mon discours dénote. Il ne correspond pas aux attentes d’un art élitiste, souvent blanc et issu d’une classe aisée. Je suis une femme noire, d’où l’usage du noir : c’est mon récit, ma couleur de peau, la façon dont on me perçoit. Le rouge, lui, est une couleur sanglante, mais aussi un héritage culturel. Ces couleurs permettent aussi, peut-être, de choquer visuellement.»

Il y a très peu de bédéistes femmes noires en France ou en tout cas elles sont invisibilisées. Peux-tu nous en dire plus ?

« Enfant, on a besoin de modèles même dans les jouets. Il a fallu attendre avant que je puisse avoir des poupées noires. En BD, les héroïnes noires sont rares. Il y a Aya de Yopougon*, mais ça se passe en Côte d’Ivoire. Sinon, c’est assez désertique et pas seulement pour les personnes noires : les personnages asiatiques, maghrébins… on n’est tout simplement pas là. » * Aya de Yopougon est une série de bande dessinée écrite par Marguerite Abouet

On a eu la joie de t’avoir en couverture de ce premier numéro. Peux-tu nous dire ce qui t’a inspiré ?

« Je voulais créer une œuvre qui résume mon travail : parler des femmes. Ce numéro aborde l’invisibilisation des femmes artistes et quand on est une artiste noire, c’est encore plus marqué. Avec cette illustration et l’inscription « White is not the standard », je voulais rappeler que les standards actuels sont façonnés par la blanchité, alors qu’il existe bien d’autres expressions artistiques. Mon travail en est un exemple comme celui de nombreux artistes de ma communauté et il mérite d’être vu et apprécié.»